Programme n°160
Du 3 août au 20 septembre
Les Voix étouffées du cinéma iranien
Avec Une séparation, film plébiscité par près d’un million de spectateurs en France, Asghar Farhadi vient de faire passer un cap considérable au cinéma iranien, sans doute l’un des plus fertiles en révélations depuis des années : il a prouvé qu’il pouvait ne pas se cantonner aux seuls festivals ou à l’audience limitée d’un cercle de spécialistes. Certes, l’accueil que les cinéphiles du monde entier lui ont réservé a toujours été formidable et enthousiaste. Mais, il n’avait jamais véritablement eu cette reconnaissance du public.
Pourtant, cela fait plusieurs décennies que le peuple iranien a choisi le 7e Art comme langage privilégié du dialogue avec les autres peuples et cultures. Autrefois, lorsqu’on parlait de l’Iran, on pensait pétrole, caviar, tapis et Savak. Désormais, le cinéma représente le « produit » d’exportation dont ce pays est le plus fier et nous allons enfin véritablement pouvoir dialoguer. Le cinéma iranien des dix dernières années se révèle comme un écho puissant des déchirures et des évolutions de la société iranienne. Et depuis un an, la contestation prouve que le pays réel veut faire entendre sa voix et reprendre en mains sa destinée. Des cinéastes tournent...
Aujourd’hui les noms de Kiarostami ou Makhmalbaf ne suffisent plus, en dépit de leur notoriété mondiale, à rendre compte d’une création iranienne extrêmement diverse. La liste est longue et il faudrait tous les citer, y compris ceux de l’exil – très cher Ali Badri -, mais l’important sans doute, c’est cette volonté affichée de contrarier l’État, qui à tout instant risque de faire avorter un projet.
Car, le cinéma iranien a toujours été profondément marqué par la censure. Fin 2010, les cinéastes Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof, représentant deux générations de contestation, ont été condamnés à 6 ans de prison et interdits de réaliser des films pendant 20 ans pour avoir filmé des manifestations antigouvernementales. Une peine lourde, résonnant comme un acte symbolique de la part d’un pouvoir iranien voué aux mesures les plus drastiques contre les artistes dissidents.
Après avoir été diffusés à Cannes sous le manteau, les films de l’un et de l’autre arrivent sur nos écrans. Dès ce mois-ci, vous pourrez découvrir Au Revoir, le film de Mohammad Rasoulof dont le titre ressemble à une profession de foi et qui, tourné avec peu de moyens et dans des conditions difficiles, parvient à rendre compte du climat d’oppression et de silence qui imprègne Téhéran. Jafar Panahi, quant à lui, nous envoie , avec Ceci n’est pas un film que vous découvrirez le mois prochain, un message aussi nécessaire, mais d’une tout autre teneur esthétique. C’est une auto-mise en scène d’une intelligence, d’une drôlerie et d’une insolence exemplaires. Panahi fait de sa situation le sujet de son film : que fait un cinéaste qui n’a pas le droit de filmer, qui est assigné à résidence, et qui attend qu’on le jette en prison ? En Iran, il fait un non-film qui est un grand film. Depuis des années, les voix étouffées du cinéma iranien ressemblent toutes à de grands cris...
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