Glourious Basterd
Où l’on prend tout un menu...
Par Blaise ZAGALIA, le 21 janvier 2010
C’est le Festival Télérama/ AFCAE, l’occasion pour vous de rattraper un retard aussi honteux qu’inexplicable puisque le Lux a déjà diffusé ces films. Mais ne soyons pas bégueules, il n’est pas toujours facile de suivre l’actualité cinématographique, quand on a une vie familiale et professionnelle bien remplie. Si vous ne vous êtes toujours pas décidé à abandonner familles et collègues comme l’exige de fait l’entrée en cinéphilie, vous aurez quand même la possibilité de voir cette semaine le film préféré du Lux et de ses amis ! Il s’agit bien du dernier film de Quentin Tarantino, Inglourious Basterds, variation très éloignée de l’opus original de Enzo G Castellari : Inglorious Bastards... Si le simple nom de Tarantino ne suffit pas à vous convaincre d’aller voir le film, vous venez peut-être de quitter les ordres ou de revenir d’un long séjour an Antarctique, et sans doute alors le nom du réalisateur évoque alors plus pour vous une marque de pâtes premier prix que le réalisateur américain le plus virtuose des deux dernières décennies. Laissez-moi alors vous en parler un peu.
Mise en fine bouche
Si le dernier Tarantino a encore fait un carton critique, jamais on aura vu autant de nuances et de corrections dans l’admiration sans borne que devrait susciter le réalisateur. Un bref rappel de sa filmographie devrait suffit à expliquer la chose : Reservoir Dogs, Pulp fiction, Jackie Brown, Kill Bill 1 & 2, Boulevard de la mort et enfin Inglourious Basterds. Difficile d’enlever un seul de ces films de la liste des chefs-d’oeuvre. Évidemment, on peut avoir une préférence pour l’un ou l’autre, la sécheresse du huis-clos Reservoir Dogs, la beauté mélancolique d’un Jackie Brown ou le tour de force permanent que constitue Kill Bill. Alors, c’est vrai, pour faire un peu le malin et pour que les conversations sur le bonhomme ne se limitent pas à des louanges communes, on fait de plus en plus la fine bouche au fur et à mesure de sa carrière. Selon Charyn, l’intrigue autour de l’escroquerie de Jackie Brown est un peu légère au niveau écriture. Pour les fans du cinéma de genre, Kill Bill est autant une entreprise de destruction du genre qu’un coup de maître en terme d’hommage. Pour le critique ambitieux, Boulevard de la mort n’est quand même qu’une série B au découpage simpliste. Et Inglourious Basterds souffre de faiblesses inexcusables. Aucune de ces critiques n’est tout à fait injustifiée, mais elles mettent en avant des détails en occultant l’extraordinaire force du cinéma tarantinien.
Julienne de voiture
En ce qui concerne directement Inglourious Basterds et comme vous l’avez sans doute déjà lu ailleurs qu’ici, il est vrai que la structure souvent très resserrée des films de Tarantino, qui lui permet d’inclure une foule d’intrigues et de personnages secondaires dans une narration à la fois pléthorique et lumineuse, pèche ici par excès. Les deux intrigues principales, celle concernant les Basterds et celle concernant Shoshana, sont certes justifiées par la séquence finale où tous les personnages sont regroupées pour une grande scène de reconnaissance qui rappelle le théâtre classique. Les masques de chacun y sont enlevés dans une succession de scènes alternant la comédie, le mélodrame ou le film d’espionnage avec un naturel assez confondant, mais sans parvenir à justifier tout à fait le long montage alterné qui a précédé. Et puis, il est indéniable que la direction d’acteurs jusqu’ici irréprochable de Tarantino est singulièrement mise en demeure par le jeu approximatif de Mélanie Laurent. Une écriture plus lâche ? Une direction d’acteur bousculée par la composition internationale de l’équipe ? Ou alors plus simplement l’enjeu du film ne se situe pas au niveau des personnages qui donnent leur titre au film ou à l’histoire de vengeance qui sous-tend la narration ? Soyons clair, si la vengeance féminine est devenue un topos de l’oeuvre de Tarantino qui parcourt aussi bien Jackie Brown que Kill Bill ou Boulevard de la mort, c’est un lieu commun qu’il abandonne au fur et à mesure de sa carrière comme le démontre d’ailleurs très simplement la succession des titres que je viens de citer. Dans Jackie Brown, comme le titre l’indique, le personnage prime sur l’intrigue. La caméra ne cesse d’ailleurs de s’attarder amoureusement sur elle. Le titre Kill Bill démontre que l’intrigue commence à prendre le pas sur le personnage de The Bride. Le film n’est pas tant centré sur celle-ci que sur le parcours nécessaire pour parvenir à tuer Bill, c’est à dire la traversée successives des différents cercles de l’enfer du cinéma d’exploitation chacun représenté par un des seconds couteaux de Bill. Boulevard de la mort en faisant disparaître tout indice de personnage ou d’intrigue marque le retour de Tarantino à la stricte question du genre et à sa passion pour la julienne de voiture, la tôle froissée et les corps découpés. Les personnages féminins et leur vengeance deviennent par degrés successifs des prétextes à autre chose.
Rôti de nazi
Alors que raconte Inglourious Basterds ? Il explique une chose presque simpliste... Le cinéma peut changer le monde. Il raconte l’affrontement entre non pas Shoshana et le bourreau de sa famille, ni même le combat des Basterds contre le IIIème Reich mais bien le combat entre deux films, combat dont l’issue permet de changer le cours de l’histoire. D’un côté, un film de propagande produit par le IIIème Reich lui-même afin de le sauver de la défaite prochaine, de l’autre un montage réalisé par Shoshana, film saboté qui permettrait de fait d’exterminer la majeure partie de l’état-major nazi et de changer ainsi le cours de l’histoire. Depuis des années Tarantino met en scène la cinéphilie comme un mode de survie ; aujourd’hui, il a une nouvelle profession de foi : un film peut sauver le monde. Quand on est un cinéphile convaincu, comment n’être pas sensible à ce discours quand il est en plus magistralement réalisé ?
Et pousse-café
Je profite de cette page pour accueillir comme il se doit deux nouveaux contributeurs dont je vous conseille les écrits. Jean-Luc Lacuve du Ciné-Club de Caen qui nous a fait l’honneur d’écrire sur un Sergio Leone, l’un des réalisateurs qui inspirent clairement Inglourious Basterds et notamment sa séquence d’ouverture. Nous accueillons aussi Aurélien Vaillant, dont l’une des contributions concerne justement Inglourious Basterds. Merci les gars !
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