Invictus
Un film de Clint Eastwood
américain (vostf), 2009-2h12.
Avec Morgan Freeman, Matt Damon, Scott Eastwood...
En 1994, l’élection de Nelson Mandela consacre la fin de l’Apartheid, mais l’Afrique du Sud reste une nation profondément divisée sur le plan racial et économique. Pour unifier le pays et donner à chaque citoyen un motif de fierté, Mandela mise sur le sport, et fait cause commune avec le capitaine de la modeste équipe de rugby sud-africaine. Leur pari : se présenter au Championnat du Monde 1995...
« Invictus, qui est aussi un grand film de sport, est un énième renouveau de l’œuvre eastwoodienne. Plus libre que jamais, Eastwood n’en finit pas de nous surprendre. » (Positif)
En savoir plus :
le site officiel du film
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Invictus : Go Springboks !
80 ans et encore en forme le Eastwood : après le plus grand film mineur de tous les temps, Gran Torino, et pendant le tournage de Hereafter, Invictus sort sur les écrans et c’est à la fois un biopic surprenant et un très grand film de sport. Mais ne cherchez pas : Invictus est un film qui marque beaucoup plus pour ses scènes de rugby que pour l’histoire de Nelson Mandela.
Au niveau de l’aspect biopic, Invictus est tantôt surprenant tantôt traditionnel. Morgan Freeman est une évidence dans le rôle puisqu’il faisait déjà penser à Nelson Mandela dans Deep Impact ! Ensuite, le film reste classique parce que Clint Eastwood se laisse parfois déborder par son sujet - il faut dire que Mandela est forcément un personnage bigger than life - et certains plans, forçant la grosse symbolique, font trop pub Bénéton.
Mais le film parvient à surprendre grâce à - surprise - l’interprétation plutôt mesurée de Morgan Freeman qui, malgré une ressemblance physique qui crève les yeux, joue le chef d’état avec beaucoup d’humanité et de simplicité. Il est aidé par le scénario d’Anthony Peckham qui mêle habilement l’humour à la fresque historique, apportant ainsi une distance qui manque généralement aux biopics. A l’image de cela, le fait de suivre l’équipe de gardes du corps de Mandela est un parti pris fort payant car c’est dans ces scènes très subjectives qu’on sent le mieux les changements apportés par Mandela dans sa nation. Tout cela illustré par la mise en scène classique mais toujours aussi édifiante de ce bon vieux Clint (cf le premier plan franc tireur du film !).
Mais le portrait de ce super-président dévoué à en risquer sa vie (qui fait d’ailleurs parfois penser à un certain Barack O) est pulvérisé par le rugby ! Avec une maîtrise égale aux scènes de guerre du dyptique Iwo Jima, les matchs sont d’emblée hyper immersifs et le spectateur, au centre des mêlées, ne peut qu’être derrière les Springboks ! Ceux-ci sont menés par un Matt Damon au calme aussi surprenant que celui de Freeman : l’affiche nous promet un champion, on s’attend à un héros national, et Damon campe en fait un sportif en plein changement existentiel sensible et complémentaire à l’évolution sociale de son pays : "Les temps changent. Sans doute devons-nous changer nous aussi." déclare-t-il à ses coéquipiers. Le film est presque raconté à travers les yeux de François Pienaar et Damon est bouleversant, concrétisant parfaitement une relation pourtant peu commune entre un sportif et un chef d’état. Malgré quelques exagérations (le dernier point est un pur acte héroïque au ralenti trop abusif pour être honnête), le rugby est au centre de ce film et fait battre le coeur du spectateur. Sans doute que Clint Eastwood ne l’a pas conçu ainsi, mais Invictus est avant tout pour moi un grand film de sport, prouvant son universalité, sa puissance et sa capacité à réunir les sociétés qu’on croyait détruites.





