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LIEN UTILE
L’Etranger (Lo Straniero)
Un film de Luchino Visconti
italien, français, algérien (VOSTF), 1967-1h44
Avec Marcello Mastroianni, Anna Karina, Bruno Cremer...
Alger, 1935. Un modeste employé, Meursault, enterre sa mère sans manifester le moindre sentiment. Le lendemain, il se lie avec une jeune collègue, Marie, puis reprend sa vie de toujours, monotone, qu’un voisin, Raymond vient perturber. Meursault, comme plongé dans un sentiment d’indifférence, repousse Marie qui lui demande de l’épouser, de même qu’il refuse une promotion dans son travail. Un dimanche, sur une plage, il tue un Arabe, qui semblait harceler Raymond depuis plusieurs jours...
« Au-delà même du récit, j’ai essayé d’appréhender, de rejoindre Camus, en me servant parfois d’infimes détails authentiques, parce qu’une certaine précision dans la réalité rejoint cet absurde qui commande toute l’œuvre de l’auteur de l’homme révolté. » L. Visconti
Film programmé dans le cadre de l’Affiche Italienne.
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L’Etranger (Lo Straniero) : adaptation sur le papier
Capable du meilleur (Le Guépard) comme du pire (Mort à Venise), Luchino Visconti divise encore sur L’Etranger, adaptation du classique d’Albert Camus. Ayant réalisé un grand nombre d’adaptations (et pas des moindres romans !), Visconti est de toute évidence un excellent adaptateur, comme l’avaient prouvé Ossessionne ou Le Guépard qui, bien qu’il tronquait une partie du livre, était au moins égal à la puissance du roman de Lampedusa. Le constat est identique pour L’Etranger car Visconti a très clairement compris les enjeux du livre et son style sec aussi arride que l’Algérie où le soleil cogne éternellement et dilate le temps. Sur le papier, c’est donc une adaptation exemplaire transcris dans un scénario solide dans lequel on retrouve quelques célèbres phrases de Camus : "Quatre coups brefs frappés à la porte du malheur".
Le personnage principal est particulièrement fort, interprété par un Marcello Mastroianni qui met son charisme au placard pour effacer la personnalité de Meursault. Il est impressionnant de voir ainsi une telle star interpréter un personnage hanté par le vide ennuyeux de son existence avec autant de crédibilité.
Mais sur le scénario se plaque la terrible mise en scène de Luchino Visconti, bien inégale. A l’image de la première séquence : le premier plan du film est formidable, voyant Mastroianni se faire emmener dans le bureau du procureur dans un couloir en pleine ébullition, mais il est suivi par un zoom sur le visage de Mastroianni débutant son récit, amorcé par un coup de cuivre vraiment pas nécessaire. La réalisation de Visconti est ainsi entre magnificience et lourdeur, servant l’atmosphère pesante de l’oeuvre de Camus avant de la trahir. C’est déjà ce qui faisait plonger Mort à Venise dans le grotesque, enchaînant les zooms approximatifs dans une Venise qui ne demandait qu’à être contemplée. Bien que sauvé par quelques séquences remarquables dont la dernière avec l’excellent Bruno Cremer, L’Etranger est sans doute un film captivant à lire mais pas à regarder, Visconti m’ayant encore laissé dans les bras de Morphée.





