La Semaine du Cinéma Ethnographique (première partie)
Où l’on ne fait pas que manger...
Par Blaise ZAGALIA, le 26 novembre 2009 2009
Lundi démarre la Semaine du Cinéma Ethnographique, l’un des mes festivals préférés au Lux. C’est pour cette raison que je l’appelle par son petit nom, la Semaine (et ça me fera gagner du temps à l’écriture et vous à la lecture). La Semaine fête ses 15 ans, on la félicite chaleureusement. Vous savez comme ils sont à 15 ans, rien ne les intéresse d’autres que de faire la fête. C’est sans doute pour cette raison que cette année, le thème de la Semaine du Cinéma Ethnographique est, voyez comme la vie est bien faite, « La Fête ». La fête, vue sous sa seule dimension profane, est déclinée sur sept jours et 18 films. Le tout est programmé et coordonné par le CréCET, c’est à dire, pour ceux d’entre vous qui n’ont pas fait de l’ethnographie le centre de leurs préoccupations et qui s’en mordent aujourd’hui les doigts, le Centre RÉgional de Culture Ethnologique et Technique de Basse-Normandie. Vos yeux pétillent de curiosité, je le vois bien, vous vous demandez qui sont ces gens et ce qu’ils font. Je cite, ça évite de dire des bêtises : « (…) Le CRéCET a pour mission de promouvoir ou réaliser des actions de recherche, conseil, animation, diffusion et valorisation de patrimoine ethnologique et technique. » Et pour ce faire, le CréCET s’invite une fois par an dans les locaux du Lux pour diffuser des films au contenu ethnographique.
Au vu de la richesse et de l’exigeance de la programmation, un film tel que Comme un Rolling Stones est totalement inédit en France, j’ai décidé de me tourner vers les programmateurs Youri Deschamps et Guy Gallardo pour leur demander quelques copies afin de pouvoir vous conseiller.
Avant toute chose, vous ne pouvez pas rater le buffet inaugural le lundi 30 novembre aux alentours de 20h00. On y mangera très bien, comme chaque année, et cela vous permettra de rencontrer l’équipe et de feuilleter d’un air passionné la plaquette fort complète de la Semaine afin d’établir un plan de bataille.
Le Plus Beau jour de ma vie
Comme nous sommes entre gens de bonne compagnie, vous resterez ensuite pour voir le très bon Le Plus Beau Jour de ma vie, un documentaire de Jean-Luc Léon. L’argument de ce film est très simple. Après une courte introduction montrant la parure au charme curieusement exotique d’une mariée sur fond de musique africaine, le film s’attache à suivre de l’annonce jusqu’aux cérémonies, le mariage de deux jeunes gens issus de familles de guerriers. Montrant à la fois l’ensemble des rites préparatoires mais aussi les parcours de chacun des futurs mariés et de leur entourage familial et amical, le film adopte un ton léger grâce à un montage tout en tendre ironie. C’est que malgré certaines situations forts pittoresques, on ne peut s’empêcher de se reconnaître dans cette curieuse tribu. Peut-être parce que les guerriers sont des militaires européens et que les jeunes mariés sont un jeune français et une jeune allemande. Peut-être parce que les rites exotiques, même si nous ne les pratiquons pas tous comparé à ces deux familles très traditionnelles, sont les nôtres, du choix de la robe à l’enterrement de vie de jeune fille. Un film avec un très bon dispositif de réalisation, un remarquable travail de montage et un humour tout en délicatesse...
La Danse de Jupiter
Mardi 1 décembre, après l’en-cas surprise de Couleurs Femmes à 21h45, vous pourrez voir La Danse de Jupiter de Renaud Barret et Florent de la Tullaye. Ce film est un double portrait. C’est d’abord celui d’un musicien kinois (c’est ainsi que l’on nomme les habitants de Kinshasa), Jupiter, un échalas vêtu d’une veste militaire, musicien depuis 20 ans dans les ghettos de Kinshasa. Les réalisateurs le suivent dans ses répétitions, à la rencontre des autres groupes du ghetto, chez le luthier. À travers les pérégrinations de Jupiter et de sa musique , on aperçoit un autre portrait, celui de Kinshasa, une grande ville d’Afrique subsaharienne, la compagne de Jupiter qui, tout en lui vouant un amour éperdu, lui fait bien des reproches. Le réalisateur, tout en se concentrant toujours sur la musique des ghettos kinois, aborde à travers elle une bonne partie des problématiques de la ville : exode rural, pauvreté, SIDA, conflit entre les générations, pouvoir autoritaire mais aussi richesse des cultures, richesse linguistique, contre-pouvoirs, systèmes d’entraide et débrouillardise des habitants du ghetto. Et loin du néo-colonialisme intellectuel, le film se refuse à tenir un discours sur ce qu’il dévoile, mais montre comment tous ces éléments nourrissent l’extraordinaire prolifération de la musique kinoise, la multiplicité de ses styles et le système D développé par les musiciens pour pouvoir jouer et (sur)vivre.
Deux petites réussites qui ont l’intelligence de garder la bonne distance avec leurs sujets respectifs pour leur permettre de laisser transparaître un monde plus vaste, celui du couple ou de l’Afrique.
Je précise enfin, que comme chaque année, toutes les séances sont gratuites. Et malgré le programme chargé vous pourrez vous sustenter dans le hall pour un prix modique grâce à l’Association Couleurs Femmes. Vous n’avez donc aucune excuse pour ne pas venir.
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