La trilogie Pusher réveille l’amphi qui Daure
Où l’on parle de la violence apocalyptique d’un épisode de Derrick...
Par Blaise ZAGALIA, le 11 novembre 2009 2009
Soyons honnête, j’avais beau entendre les commentaires des copains, le coup du super polar danois, je n’y croyais qu’à moitié. On avait beau me le vanter comme une réussite tant au niveau de la narration que de la réalisation, je n’arrivais qu’à imaginer vaguement une histoire sordide dans les lumières crépusculaires d’un port de pèche au nom imprononçable, quelque part entre la violence apocalyptique d’un épisode de Derrick et les errements métaphysiques d’un film de Bergman... Ca m’aurait plu un peu et j’aurais oublié. Et puis la très mauvaise distribution française ne m’a pas facilité la tâche. Et comme un imbécile, je suis passé à côté de la trilogie Pusher. Je ne l’ai vu que très tardivement et comme beaucoup, j’ai pris ma claque.
La trilogie Pusher a été un coup de tonnerre dans le polar européen. Avec pour principaux protagonistes, le sous prolétariat mafieux de Copenhague, ces trois films mettent en scène de petits dealers minables et leur entourage de délinquants abrutis et violents.
Copenhague dans Pusher : un Hell’s Kitchen scorsesien shooté par les frères Dardenne
La première force de Pusher est de réinscrire en Europe un genre qui a été mieux exploité sur les continents américain et asiatique. On est clairement dans le film de mafia avec ses thématiques classiques de descente aux enfers et de tentative de rédemption à travers le jeu des dettes, la violence, la trahison... Mais Pusher, contrairement à ces homologues ricains ou asiatiques ne fait preuve d’aucune complaisance envers ses personnages et se refuse à magnifier par la mise en scène ou le scénario le rôle et la vie de ces criminels. Le personnage de Tonny, "héros" de Pusher II du sang sur les mains - un grand rôle de Mads Mikkelsen - est à cet égard emblématique. C’est un toxicomane bas du front franchement dangereux. C’est aussi un père de famille totalement démuni, à la tendresse maladroite, quand il doit changer les couches de son enfant. Et qui par l’intermédiaire de cet enfant, qu’il a eu avec une prostituée, va essayer d’échapper à son milieu. Milo "héros" de Pusher III car je suis un ange de la mort est un baron de la drogue serbe. C’est aussi un membre des narcotiques anonymes qui tente de décrocher tout en continuant son business. Ce qui donne des séquences comiques à l’ironie mordante. Nicolas Winding Refn observe ces personnages à leur hauteur, privilégiant la caméra à l’épaule, les plans longs pour une réalisation sans fioriture mais qui accentue la violence du milieu exploré. Copenhague a alors tout d’un Hell’s Kitchen scorsesien filmé par les frères Dardenne...
Clichés nihilistes ou polars humanistes
La trilogie Pusher bénéficie aussi d’une structure narrative originale. Chaque film suit l’un des personnages secondaires des autres films. Le tout offre une coupe statigraphique de la petite pègre danoise tout en donnant à chaque film une thématique particulière. Il peuvent donc très bien être vus ensemble ou séparément. Si le premier Pusher est assez classique dans son traitement de polar urbain froid et brutal et d’une descente aux enfers inexorable, le second, tout en restant un polar très noir, en profite pour explorer les problèmes de filiation et de paternité chez les truands. Quant au dernier, à la fois le plus ironique et le plus cruel, il joue du champ contrechamp entre la vie sociale de Milo, qui passe la nuit à marier sa fille en échangeant sourires et bons mots avec les convives et qui dans le même temps règle ses comptes en dépeçant un homme avec l’aide d’un ancien homme de main...
Les personnages qu’on aborde a priori comme des archétypes assez grossier de malfrats du cinéma de genre prennent alors une curieuse épaisseur mise en valeur par une direction d’acteur tout à fait maîtrisée. Sans jamais imposer une quelconque indulgence, Nicolas Winding Refn favorise une certaine empathie pour ces monstres plein d’humanité. Et Pusher réussi le pari d’être à la fois un polar noir, violent et désespéré et de créer trois magnifiques personnages tragiques embarrassés d’eux-mêmes dans un monde chaotique voué à la destruction et à la mort.
Les deux premiers Pusher passent le jeudi 12 novembre à l’amphi Daure de l’Université de Caen et le troisième le mardi 24 novembre au même endroit C’est à 20h00. Ces films sont rares sur grand écran, ne les ratez pas !
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