Les Chats persans
Un film de BAHMAN GHOBADI
IRANIEN (VOSTF), 2009-1H41
Avec NEGAR SHAGHAGHI, ASHKAN KOSHANEJAD, HAMED BEHDAD...
A leur sortie de prison, une jeune femme et un jeune homme musiciens iraniens décident de monter un groupe. Ils parcourent Téhéran à la rencontre d’autres musiciens underground (la musique est cachée en Iran et se joue en sous-sol) et tentent de les convaincre de quitter l’Iran. N’ayant aucune chance de se produire à Téhéran (la musique est impure, selon l’islam, provoquant gaîté et joie), ils rêvent de sortir de la clandestinité et de jouer en Europe. Mais que faire sans argent et sans passeport...
« Un film choc à défendre toutes griffes dehors ! » (Télérama).
« Notre coup de cœur du Festival. Tout est bonheur ici : à commencer par la musique. Les Chats persans est aussi hilarant, avec en tête de gondole gondolante un acteur-personnage hâbleur d’un mélange Jamel-Eddie Murphy-Gad Elmaleh à la puissance mille. Le film de Ghobadi est très fin dans sa cartographie des interstices underground de l’Iran et nous présente un visage de ce pays à mille riffs de l’ordinaire infotélévisé. » (Les Inrockuptibles).
Sélection officielle Un Certain Regard Cannes 2009
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Les Chats persans : Iran année zéro
Quand un couple de jeunes musiciens sortant de prison veulent monter un groupe de rock indie, on pourrait s’attendre à une success story rock’n’roll avec un concert final qui fait se lever le public dans la salle de cinéma... mais c’est oublier que le film se passe en Iran ! Montrant que la musique est loin d’être libre dans ce pays et en revenant au vrai sens de l’underground, Bahman Ghobadi réalise avec Les Chats Persans un film réaliste et bouleversant.
Dans la scène d’ouverture, Ghobadi lui-même chante dans un studio à l’arrache pendant que l’ingé son explique à une jeune guitariste qu’il va réaliser un film avec des acteurs amateurs sur la situation de la musique underground en Iran. Une note d’intention filmée qui participe pleinement à l’esprit communautaire que développera le reste du film (les musiciens se connaissent tous et galèrent ensemble pour faire vivre leur musique) et qui prend habilement ses distances avec l’histoire de fiction : tel le néoréalisme italien dans une situation pas si différente, Ghobadi jongle entre fiction et documentaire pour apporter un réalisme édifiant à l’un et une poésie onirique à l’autre. Un mélange des genres aussi raffraîchissants que les chansons du film.
L’empreinte néoréaliste perdure dans le film qui continue de mêler fiction et documentaire tout au long du métrage. Negar et Ashkan sont des personnages fictifs très mystérieux qui ne se développent que dans leur interactivité avec les groupes bien réels. Leur fonction est de guider le spectateur dans ce voyage musical fait en cachette. Quand ils organisent des concerts dans des caves, quand ils répètent sur les toits (quand je vous disais qu’underground reprenait tout son sens !), le filtre scénaristique existe peut-être mais il est plutôt fin et sans aucun doute très proche de la réalité. Les Chats Persans est aussi un film néoréaliste puisqu’il est tourné sans autorisation, et la clandestinité du film même s’harmonise évidemment avec celle de la musique.
Un film néoréaliste enfin avec la crise que vivent les personnages véritablement déracinés. Dans un Téhéran filmé dans un montage saccadé témoignant de son chaos, ces jeunes musiciens peuvent-ils se sentir iraniens dans un pays qui les censure, où leur expression est sérieusement limitée, sinon interdite ? Ils ne peuvent affirmer une identité que par l’exil, que par l’espoir de pouvoir jouer sur une scène européenne. Ils ne peuvent être eux-mêmes que par la fuite. Pour émigrer, Negar et Ashkan font appel à Nader, un personnage comique et, presque par conséquent, complètement fictif qui, grâce au talent et l’énergie énorme de l’acteur Hamed Behdad, apporte heureusement un peu de légèreté au film. Mais l’Iran reste l’Iran, un pays à sens unique, un monde sans issue...





