VIDEOCLUB DU LUX
LIEN UTILE
Outsiders
Un film de Francis Ford Coppola
américain, 1983-1H31
Avec MATT DILLON, PATRICK SWAYZE, TOM CRUISE......
En 1966, dans la petite ville de Tulsa en Oklahoma. Ponyboy, Sodapop et Darrel appartiennent à la bande des Greasers, des jeunes délinquants issus des quartiers défavorisés. Leurs rivaux sont les Socs, des fils de bourgeois. Suite à une bagarre violente, Ponyboy et Johnny tentent d’échapper à la police…
Outsiders s’est imposé, avec le temps, comme une œuvre particulièrement touchante où Coppola retourne avec une grande subtilité les clichés de l’americana et marquée par l’éclosion d’une génération de comédiens saisis ici à leur sortie de l’enfance. "Apprenons à nous détourner des mauvais clichés et à contempler la beauté du monde" disent en substance les deux antihéros de ce film bouleversant sur la fin de l’innocence. Ce qui résume à peu près la vision de Coppola, grand outsider mélancolique devant l’éternel.
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Outsiders : kicker la norme !
Dès le générique, tout est posé : sur un paysage en technicolor qui fait mal aux yeux, le générique défile lentement dans un lettrage jaune pétant sur la chanson émouvante "Stay Gold" de Stevie Wonder. Puis le film s’ouvre sur Ponyboy Curtis dans sa chambre qui, à la lumière colorée du jour qui passe par sa fenêtre, ouvre un livre et commence son récit accompagné d’une bonne voix off insistante. Outsiders s’impose comme un classique hollywoodien qui, avec le technicolor et la caractérisation simple des personnages, donne l’impression d’avoir été filmé dans les années 50. Thématiquement, il est très proche de Rusty James réalisé un an plus tard tout en étant son radical opposé stylistique : ici, pas de noir et blanc ni de montage très vif ni de musique sauvage de Lewis Copeland. Outsiders est aussi lyrique et classique que Rusty James sera sombre et moderne.
Sauf que le film se nomme Outsiders (en anglais ceux qui sont en dehors) et par conséquent, le style nostalgique du film n’est qu’un leurre. Un style qui se veut une mise en abyme quand les personnages vont au drive-in mais dans lequel ne s’inscrivent pas la franchise des personnages, leurs dialogues qui fusent et leur goût pour la violence. Outsiders vit sur cette inadéquation de taille entre la forme et le fond : si Coppola enrobe son film dans une norme stylistique qui saute aux yeux, c’est pour y mettre des personnages qui ne s’y incluent pas et ne s’y sentent pas à leur place. Des personnages de voyous qui s’assument comme tels et dont l’animosité et la sensibilité sont montrées avec un réalisme qui ne s’adopte pas à cette forme on ne peut plus artificielle. Celle-ci n’est évidemment pas non plus inutile car le lyrisme de la mise en scène confère une grandeur à ces personnages mal considérés.
Les acteurs vont aussi dans ce sens : le duo C. Thomas Howell/Ralph Macchio touche par sa sensibilité à fleur de peau, Rob Lowe et Patrick Swayze campent des grands frères tendres et sages avec une sincérité confondante, Diane Lane a un personnage féminin beaucoup plus fort que la moyenne... La palme revient évidemment à Matt Dillon dont le charisme animal crève l’écran et explose les normes du film. Il campe un personnage très fort par son extrême décalage et devient un nouveau "rebel without a cause" interprété avec autant de conviction que James Dean !
Le casting juvénile mais très prometteur sert le propos de Coppola qui s’attache à ces marginaux. Le parcours de Ponyboy et Dallas va à l’encontre de la normalité qu’on veut leur imposer. Portant définitivement bien son titre, Outsiders fait un portrait de ces laissés-pour-compte trop souvent banalisés par une simple soif de violence. Poussant au plus haut la caractérisation des personnages, le film prouve la richesse et la complexité des personnalités (ce qui est d’autant plus fort que c’est un film de gang !) et que celles-ci s’acquièrent d’autant mieux dans le refus des conventions, dans la résistance à la normalité. Et celle-ci se défend à coups de poings dans une baston finale forcément cathartique. Revoilà la chanson de Stevie Wonder : stay gold signifie stay yourself...





