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Vengeance


Un film de JOHNNIE TO

HONGKONGAIS (VOSTF), 2009-1H48

Avec JOHNNY HALLYDAY, SYLVIE TESTUD, ANTHONY WONG...


Un père vient à Hong-Kong pour venger sa fille, victime de tueurs à gages. Sur son passeport est marqué "cuisinier". 20 ans plus tôt, il était un tueur professionnel...

Johnnie To, virtuose du cinéma de Hong Kong, Johnny Hallyday, acteur, chanteur, icône et Sylvie Testud dans le rôle de sa fille. Un film d’action, une histoire d’amitié, un héros mélancolique.

Sélection Compétition Officielle Cannes 2009


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Le 24/01/2010
à 16:35:57 par
Bastien MARIE

Vengeance : Johnny and Johnnie got their guns !

Après avoir enchaîné des films majeurs en quelques années - de 2003 à 2008, il y a quand même eu Running on Karma, PTU, Breaking News, Election 1 & 2, Sparrow, Exilé et la fin magistrale de Triangle ! -, sans parler de ses nombreuses productions tout aussi remarquables, Johnnie To s’est imposé sans mal comme le plus grand (le seul ?) auteur de cinéma de genre hong-kongais, ce qui lui a valu une grande importation de son cinéma en France et même une rétrospective de taille à la Cinémathèque Française. Avec cette soudaine renommée en France, logique qu’il engage un acteur bien de chez nous pour son dernier opus en date, en attendant son remake du Cercle Rouge. Après le refus inexcusable d’Alain Delon - mais ça devient une habitude -, c’est Johnny Halliday qui s’envole à Hong Kong et qui crée la surprise au festival de Cannes.
Vengeance se retrouve donc nourri par une dimension évidemment très différente selon qu’on se trouve en France ou à Hong Kong. Chez nous, le film marque le grand retour de Johnny au cinéma ; en Orient, ce n’est qu’un film de Johnnie de plus. Et on ne peut que donner raison au deux !
Johnnie continue dans son esthétique maniériste qui lui va si bien : les gunfights sont toujours aussi inventifs, les personnages toujours aussi bien sappés, les ralentis à la Peckinpah toujours aussi beaux. Sa mise en scène reste donc sensiblement la même, et Vengeance lui permet de glisser quelques citations cette fois très explicites à Melville qu’il admire par-dessus tout. Les plans sur le français Costello perdu dans Macao évoquent automatiquement ceux de Melville sur le Costello du Samouraï - et c’est évidemment là qu’on regrette l’absence de Delon pour apporter la dernière pierre au pont qui lie les deux films.
Au niveau du scénario, Johnnie fait aussi dans la continuité, à l’exception que cette fois, Wai Ka-Fai a bien écrit l’intégralité du script avant le tournage, ne faisant que très peu de modifications de dernière minute. Mais on garde toujours une grande spontanéité dans la narration qui enchaîne les situations les plus imprévisibles. Un schéma qui ressemble même un peu trop à Exilé, dont Johnnie reprend des scènes très précises, comme le gunfight chez le docteur ou la fuite pétaradante des tueurs à gages d’un immeuble. Aussi, Anthony Wong, Lam Suet et Simon Yam ont des rôles très similaires, pour ne pas dire identiques. Avec également une fusillade nocturne dans les bois évoquant le final de génie de Triangle, on pourrait penser que Vengeance représente pour Johnnie un film somme de tout son cinéma de ces dernières années... sauf que ce best of a un peu moins de puissance que les grands films susnommés. Malgré ses nombreuses qualités et le plaisir toujours intact de retrouver Johnnie au travail, Vengeance ne marque peut-être pas son spectateur de manière aussi forte qu’un Exilé ou un Election.
Nous qui avons la chance d’être français - et oui, l’identité nationale s’incruste même dans des critiques de films ! -, on peut aussi se délecter de l’interprétation de Johnny ! Ah que le Johnny, il est très bon ! L’étonnement qu’on peut avoir de le voir dans un film de Johnnie s’en va bien vite, tant Johnny, au charisme très melvillien d’ailleurs, s’intègre parfaitement dans l’univers de son homonyme hong-kongais. Celui-ci a pris le soin de le faire apparaître aux côtés de ses acteurs fétiches (Anthony Wong, Lam Suet, Lam Ka Tung, Simon Yam) et Johnny gagne sa place dans l’équipe en leur faisant à manger et en démontant et remontant un gun, des aptitudes qui, dans les films de Johnnie, vont bien au-delà de la barrière de la langue et de l’identité nationale (je commence à en avoir marre de ressortir ça !). Le restaurant de Costello s’appelle "Les Frères" et il veut évidemment le confier à ses "frères" d’armes, un lien très solide dans les polars hong-kongais.
En plus de trouver très naturellement sa place dans le film de Johnnie, Johnny incarne un personnage particulièrement difficile. A la sortie du film, les critiques avaient salué le charisme, le magnétisme animal de Johnny, alors que c’est dans sa lente déshumanisation qu’il est le plus convaincant. Alain Delon avait refusé le film parce que le personnage avait Alzheimer. Halliday a certes dissimulé la maladie sous le prétexte d’une balle dans la tête, mais cela ne suffit pas à effacer l’évidence. Il est clair que Costello dans le film est atteint d’Alzheimer et c’est quand il écrit "Vengeance" sur toutes ses photos de familles, c’est quand il a un moment d’égarement au milieu d’une fusillade, c’est quand il essaie de reconnaître ses amis et ses ennemis, c’est quand il est complètement perdu que Johnny est réellement excellent. Le regard qu’en ont ses amis est aussi bouleversant : "Que signifie la vengeance s’il ne se rappelle plus qu’il doit se venger ?" ; "S’il avait eu le choix, pense-tu qu’il aurait voulu oublier sa vengeance ?". C’est dans cette grande question que Vengeance devient un film unique. La vengeance est-elle encore légitime quand on ne se souvient plus de ce qu’il l’a provoquée ? Johnnie répond "oui" quand Johnny campe un Costello sans aucun repère, sauf celui qu’il doit tuer. Il ne se souvient plus pourquoi, il ne se souvient plus pour qui, mais il sait qu’il doit tuer ce George Fung. A la fin du film, ce nom est tout ce qui lui reste. Jusqu’à ce qu’il le tue et qu’il arrive enfin à un grand apaisement sur une plage d’autant plus fort qu’il ne se souvient plus ce qu’il a coûté.
Johnny et Johnnie ont donc livré un grand film qui, sans rompre avec l’esthétique du genre, répond à un de ses grands thèmes, très en vogue d’ailleurs ces dernières années : la vengeance. On a souvent eu des personnages qui oubliait le pourquoi de leur vengeance, Johnny, lui, aurait oublié la vengeance même si son frère d’arme n’avait inscrit le nom de son ennemi sur son calibre. On a souvent eu des personnages qui se consacraient entièrement à leur vengeance, Johnny fait de la vengeance la condition d’une existence qu’il a oublié petit à petit. Vengeance, ce pourrait être le nom du personnage de Johnny puisque c’est tout ce qui lui reste. Vengeance, c’est aussi le nom d’un grand polar ramenant Melville à Hong Kong, en attendant impatiemment de voir Le Cercle Rouge de Johnnie avec, espérons-le, Johnny.


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